{"id":455,"date":"2008-03-15T11:55:42","date_gmt":"2008-03-15T09:55:42","guid":{"rendered":"?p=455"},"modified":"2008-03-15T11:58:08","modified_gmt":"2008-03-15T09:58:08","slug":"nicolas-jounin-dans-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/?p=455","title":{"rendered":"Nicolas Jounin dans <i>Le Monde<\/i>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a>, ma\u00eetre de conf\u00e9rences au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8, a publi\u00e9 r\u00e9cemment <i>Chantier interdit au public<\/i>. Le quotidien <i>Le Monde<\/i> en rend compte aujourd&rsquo;hui :<\/p>\n<blockquote><p><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/livres\/article\/2008\/03\/14\/le-secteur-du-btp-derriere-les-palissades_1022967_3260.html\"><i>Le secteur du BTP, derri\u00e8re les palissades<\/i><\/a><br \/>\nLE MONDE | 14.03.08 |<\/p>\n<div class=ar-txt>e secteur du b\u00e2timent et des travaux publics manque de bras, les salaires y sont meilleurs qu&rsquo;ailleurs, il offre des perspectives de carri\u00e8res et l&rsquo;ascenseur social fonctionne&#8230; si l&rsquo;on en croit le discours officiel des dirigeants d&rsquo;entreprises de BTP. Mais, derri\u00e8re les palissades, la r\u00e9alit\u00e9 des chantiers est tout autre. Nicolas Jounin, sociologue, s&rsquo;y est fait embaucher, incognito, durant un an, d&rsquo;abord comme manoeuvre puis comme ferrailleur. Son enqu\u00eate nous immerge dans cet univers tr\u00e8s rude.<\/p>\n<table cellpadding=0 cellspacing=0 border=0 style=float:left;clear:both;padding-right:6px>\n<tr>\n<td><center><script language=JavaScript>OAS_AD('Middle1');<\/script><\/center>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p>Arriv\u00e9 sur le site, le jeune homme, que personne ne prend la peine de pr\u00e9senter, doit d&rsquo;abord d\u00e9coder le r\u00f4le de chacun. Sur un chantier se c\u00f4toient des ouvriers aux multiples statuts, permanents, int\u00e9rimaires, salari\u00e9s de l&rsquo;entreprise g\u00e9n\u00e9rale ou de sous-traitants, voire de <i>\u00ab\u00a0sous-traitants de sous-traitants\u00a0\u00bb<\/i>&#8230; Entre eux s&rsquo;instaurent une subtile hi\u00e9rarchie et un partage quasi ethnique des t\u00e2ches.<\/p>\n<p>Au bas de l&rsquo;\u00e9chelle, les manoeuvres, int\u00e9rimaires, la plupart maliens ou s\u00e9n\u00e9galais, se voient confier les travaux les plus durs. Certains chefs les appellent indistinctement <i>\u00ab\u00a0Mamadou\u00a0\u00bb<\/i> et n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 leur rappeler qu&rsquo;ils peuvent \u00eatre renvoy\u00e9s \u00e0 tout moment. En proie aux humiliations voire au racisme mal dissimul\u00e9 derri\u00e8re un <i>\u00ab\u00a0humour de chantier\u00a0\u00bb<\/i>, ils sont d&rsquo;autant plus vuln\u00e9rables que leur titre de s\u00e9jour est provisoire ou inexistant. Ils projettent de quitter le secteur, o\u00f9 l&rsquo;ascenseur social ne fonctionne pas pour eux, d\u00e8s qu&rsquo;ils seront r\u00e9gularis\u00e9s.<\/p>\n<p>Viennent ensuite les ouvriers qualifi\u00e9s, ferrailleurs ou coffreurs, int\u00e9rimaires ou permanents, souvent originaires du Maghreb. Puis les chefs d&rsquo;\u00e9quipe ou de chantier, majoritairement portugais, des travailleurs chevronn\u00e9s, forts en gueule, qui houspillent <i>\u00ab\u00a0leurs gars\u00a0\u00bb<\/i>, alternant r\u00e9primandes et faveurs. Ils ne font cependant que relayer les consignes des conducteurs de travaux, fran\u00e7ais, jeunes, un BTS ou un dipl\u00f4me d&rsquo;ing\u00e9nieur en poche, qui, depuis les bureaux install\u00e9s sur le site, organisent le travail, imposent le calendrier et des cadences tr\u00e8s soutenues. Ceux-l\u00e0 sont promis \u00e0 un bel avenir.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur d\u00e9crit avec minutie les m\u00e9canismes de cooptation et de discrimination qui conduisent \u00e0 cette division pr\u00e9cise des t\u00e2ches. Lui-m\u00eame a eu du mal \u00e0 se faire embaucher et s&rsquo;entend dire par un chef de chantier : <i>\u00ab\u00a0Il faut que tu m&rsquo;expliques pourquoi un Fran\u00e7ais se trouve dans la ferraille. \u00c7a fait treize ans que je fais ce m\u00e9tier, j&rsquo;en ai pas vu un seul. Enfin si, mais des cons.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9miettement des statuts, l&rsquo;enchev\u00eatrement des employeurs et le va-et-vient incessant des ouvriers ne facilitent pas le travail d&rsquo;\u00e9quipe ni la convivialit\u00e9. Un savoureux chapitre du livre est consacr\u00e9 \u00e0 la lutte in\u00e9gale pour obtenir le service de la grue ou disposer des outils indispensables. La g\u00e9ographie m\u00eame de la prise des repas t\u00e9moigne de ces divisions : seuls les salari\u00e9s int\u00e9gr\u00e9s d\u00e9jeunent ensemble. De fait, 80 % des ouvriers sont externalis\u00e9s, la cascade de sous-traitants et le recours syst\u00e9matique aux agences d&rsquo;int\u00e9rim permettant de couvrir des ill\u00e9galit\u00e9s largement tol\u00e9r\u00e9es. Les int\u00e9rimaires ne signent de contrat qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;issue de leur mission, ce qui permet d&rsquo;y mettre fin \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit des progr\u00e8s sur les conditions de travail, les chantiers restent ext\u00e9nuants physiquement. <i>\u00ab\u00a0Je suis frapp\u00e9 par le nombre de jeunes ouvriers qui, d\u00e8s 30 ans, portent une ceinture dorsale\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crit Nicolas Jounin, qui cite aussi cette remarque d&rsquo;un ferrailleur marocain : <i>\u00ab\u00a0Un ouvrier du b\u00e2timent qui vit apr\u00e8s 65 ans, c&rsquo;est qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 fain\u00e9ant.\u00a0\u00bb<\/i> Le constat est aussi cinglant sur la comptabilisation des accidents du travail, souvent escamot\u00e9s, et sur la parodie de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une inspection. Pourtant not\u00e9 <i>\u00ab\u00a0docile et assidu\u00a0\u00bb<\/i>, Nicolas Jounin se r\u00e9volte contre l&rsquo;humiliation que lui fait subir un chef d&rsquo;\u00e9quipe ou alerte l&rsquo;inspection du travail sur les pratiques d&rsquo;une agence d&rsquo;int\u00e9rim. L&rsquo;affaire ira jusqu&rsquo;au tribunal correctionnel&#8230; pour voir prononc\u00e9e une relaxe g\u00e9n\u00e9rale. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chantier interdit au public\u00a0\u00bb de Nicolas Jounin. Ed. La D\u00e9couverte, 276 pages, 23 \u20ac<\/p>\n<p><b>Isabelle Rey-Lefebvre<\/b><\/div>\n<div class=dt>Article paru dans l&rsquo;\u00e9dition du 15.03.08\n<\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.univ-paris8.fr\/sociologie\/wp-content\/uploads\/2007\/11\/lemondefr.gif\" class=\"alignright\"\/><a href=\"http:\/\/www.univ-paris8.fr\/sociologie\/?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a>, ma\u00eetre de conf\u00e9rences au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8, a publi\u00e9 r\u00e9cemment <i>Chantier interdit au public<\/i>. 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