{"id":417,"date":"2008-02-09T14:46:41","date_gmt":"2008-02-09T12:46:41","guid":{"rendered":"?p=417"},"modified":"2008-02-09T14:46:41","modified_gmt":"2008-02-09T12:46:41","slug":"nicolas-jounin-interviewe-par-le-moniteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/?p=417","title":{"rendered":"Nicolas Jounin interview\u00e9 par <i>Le Moniteur<\/i>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a>, sociologue : \u00ab\u00a0Selon l&rsquo;origine ethnique, on progresse plus ou moins vite sur les chantiers\u00a0\u00bb<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.lemoniteur-expert.com\/actualite\/interview\/nicolas_jounin_sociologue_origine_ethnique\/D8F07161A.htm\">Le Moniteur &#8211; Expert<\/a><\/p>\n<blockquote><p>Entretien avec <a href=\"?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a>, ma\u00eetre de conf\u00e9rence en sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris VIII, chercheur au laboratoire URMIS (Unit\u00e9 de recherches migrations et soci\u00e9t\u00e9s) et auteur de \u00ab\u00a0<i>Chantier interdit au public, enqu\u00eate parmi les travailleurs du b\u00e2timent<\/i>\u00a0\u00bb (Editions la d\u00e9couverte), disponible en librairie \u00e0 partir du 14 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p><b>Pourquoi vous \u00eates-vous int\u00e9ress\u00e9 au secteur du b\u00e2timent ?<\/b><br \/>\nCe livre est une version revue et enrichie du travail de th\u00e8se que j&rsquo;avais entrepris. J&rsquo;ai men\u00e9 ce qu&rsquo;on appelle en sociologie, une \u00ab\u00a0observation participante\u00a0\u00bb. Concr\u00e8tement, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de me glisser dans la peau d&rsquo;un ouvrier int\u00e9rimaire en commen\u00e7ant par faire le tour des agences dans le nord de Paris. D&rsquo;abord man\u0153uvre, sans qualification, j&rsquo;ai par la suite entrepris une formation de dix huit semaines en coffrage et ferraillage au Greta. Ce qui m&rsquo;a permis ensuite d&rsquo;occuper le poste de ferrailleur.<\/p>\n<p><b>La r\u00e9alit\u00e9 qui transpara\u00eet aux travers des t\u00e9moignages que vous relatez est aux antipodes des discours officiels ?<\/b><br \/>\nJe ne pr\u00e9tends pas d\u00e9crire LA r\u00e9alit\u00e9. Mon \u00e9tude concerne le gros oeuvre parisien, de 2001 \u00e0 2004, dans la peau d&rsquo;un ouvrier int\u00e9rimaire. Cette pr\u00e9cision faite, c&rsquo;est vrai que le quotidien des chantiers est difficile. Physiquement parce que les cadences sont \u00e9reintantes. Moralement du fait de la pr\u00e9carit\u00e9 de la situation.<\/p>\n<p><b>Vous expliquez que les logiques du b\u00e2timent ont conduit \u00e0 confondre poste et origine. Un racisme ordinaire ?<\/b><br \/>\nNon, ce serait caricatural de s&rsquo;en tenir \u00e0 cette explication. Bien s\u00fbr les discriminations racistes existent mais d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments conduisent \u00e0 cette situation. D&rsquo;une part, les politiques migratoires qui d\u00e9passent largement le cadre du seul secteur du b\u00e2timent. D&rsquo;autre part, le recrutement par cooptation, \u00e0 tous les \u00e9chelons. Ces trois m\u00e9canismes oeuvrent simultan\u00e9ment \u00e0 ce qu&rsquo;on confonde poste et origine. L&rsquo;analyse des chiffres montre que, selon l&rsquo;origine ethnique, on progresse plus ou moins vite, plus ou moins jeune. Ceci n&rsquo;est pas fig\u00e9.<\/p>\n<p><b>Vous dites que la \u00ab\u00a0p\u00e9nurie de main d&rsquo;oeuvre\u00a0\u00bb est une \u00ab\u00a0expression lourde de sous-entendus rarement interrog\u00e9s par ceux qui la relaient\u00a0\u00bb. Est elle fictive ?<\/b><br \/>\nOn peut s&rsquo;interroger sur la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une p\u00e9nurie qui n&#8217;emp\u00eache pas de continuer \u00e0 produire. Toutefois le probl\u00e8me n&rsquo;est pas nouveau. En 1964 d\u00e9j\u00e0, Francis Bouygues indiquait que \u00ab\u00a0d&rsquo;une mani\u00e8re qui est maintenant traditionnelle, la profession du b\u00e2timent ainsi que les administrations se soucient, par p\u00e9riodes, de deux aspects du probl\u00e8me de la main d&rsquo;oeuvre parce qu&rsquo;ils sont pour eux un sujet d&rsquo;inqui\u00e9tude imm\u00e9diate : l&rsquo;insuffisance des effectifs et la hausse des tarifs\u00a0\u00bb. Puisque le probl\u00e8me est identifi\u00e9 depuis si longtemps, comment n&rsquo;a-t-on pas r\u00e9ussi \u00e0 le r\u00e9soudre ?<\/p>\n<p><b>Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes de qualit\u00e9 des ouvrages, vous analysez la sous-traitance au regard de l&rsquo;organisation des chantiers. Quels enseignements en tirez-vous ?<\/b><br \/>\nLes entreprises g\u00e9n\u00e9rales ont toujours eu recours \u00e0 la sous-traitance pour le second oeuvre et les \u00e9quipements techniques. D\u00e9sormais, la sous-traitance int\u00e8gre \u00e9galement la partie gros oeuvre et n&rsquo;a de justification que la d\u00e9qualification des t\u00e2ches, des co\u00fbts moindres et la possibilit\u00e9 d&rsquo;externaliser la variabilit\u00e9 de la production. Sur les chantiers, j&rsquo;ai pu constater \u00e0 quel point la superposition de couches hi\u00e9rarchiques pouvait \u00eatre source de conflit. Le chef de chantier de l&rsquo;entreprise principal est toujours tent\u00e9 de commander directement aux ouvriers de l&rsquo;entreprise sous-traitante sans passer par le chef de cette \u00e9quipe. Par ailleurs, bien qu&rsquo;\u00e0 \u00e9chelon et qualification \u00e9quivalents, un salari\u00e9 de l&rsquo;entreprise sous-traitante sera toujours inf\u00e9rieur \u00e0 un ouvrier de l&rsquo;entreprise g\u00e9n\u00e9rale. Alors imaginez le statut d&rsquo;int\u00e9rimaire chez un sous-traitant&#8230;<\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0La s\u00e9curit\u00e9 est l&rsquo;affaire de tous\u00a0\u00bb. Une utopie ?<\/b><br \/>\nToute la contradiction de la s\u00e9curit\u00e9 est \u00ab\u00a0r\u00e9sum\u00e9e\u00a0\u00bb par un seul homme : le chef de chantier. Un seul homme pour faire respecter les consignes de s\u00e9curit\u00e9 tout en tenant des cadences de travail de plus en plus intenses. De ce fait, on tente de responsabiliser chacun des acteurs du chantier. Et on peut constater que les r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 sont assimil\u00e9es par les ouvriers. Suffisamment en tout cas pour qu&rsquo;ils aient conscience de les enfreindre. Ce qui d\u00e9bouche, pour tenir les d\u00e9lais, \u00e0 un affrontement clandestin du danger.<\/p>\n<p>Propos recueillis par Julien Beideler<\/p><\/blockquote>\n<p><i>Le Moniteur &#8211; Expert<\/i> propose aussi un autre article sur l&rsquo;ouvrage de Nicolas Jounin : <a href=\"http:\/\/www.lemoniteur-expert.com\/actualite\/a_suivre\/exclusif_trois_ans_peau_interimaire\/DEAA727A0.htm\">Exclusif : trois ans dans la peau d&rsquo;un int\u00e9rimaire du BTP<\/a><\/p>\n<blockquote><p>A l&rsquo;heure o\u00f9 les entreprises du b\u00e2timent d\u00e9plorent une p\u00e9nurie chronique de main d&rsquo;\u0153uvre, o\u00f9 les initiatives pour s\u00e9duire les jeunes se multiplient, o\u00f9 le management de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances est mis sur le devant de la sc\u00e8ne et o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 devient \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire de tous\u00a0\u00bb, le sociologue Nicolas Jounin livre dans \u00ab\u00a0Chantier interdit au public, enqu\u00eate parmi les travailleurs du b\u00e2timent*\u00a0\u00bb une lecture abrupte du quotidien des chantiers. <\/p>\n<p>Le jeune chercheur au laboratoire Urmis (unit\u00e9 de recherches migrations et soci\u00e9t\u00e9) s&rsquo;est gliss\u00e9 trois ans &#8211; de 2001 \u00e0 2004 &#8211; dans la peau d&rsquo;un int\u00e9rimaire des chantiers de gros oeuvre parisien. D&rsquo;abord man\u0153uvre puis ferrailleur, il relate un v\u00e9cu \u00e2pre, une immersion parfois brutale avec un quotidien teint\u00e9 de pr\u00e9carit\u00e9, de discrimination, de cet humour raciste \u00ab\u00a0assez plaisant pour \u00eatre objet de rires et assez ambigu pour \u00eatre porteur de sens\u00a0\u00bb. Les nombreux t\u00e9moignages qui \u00e9tayent l&rsquo;analyse de l&rsquo;auteur &#8211; ouvriers, chefs de chantier, conducteurs des travaux, commerciaux d&rsquo;agence d&rsquo;int\u00e9rim, responsables de ressources humaines\u2026- illustrent les contradictions de la profession : p\u00e9nibilit\u00e9 du m\u00e9tier, pratiques ill\u00e9gales d&#8217;employeurs, dispositions s\u00e9curitaires sacrifi\u00e9es sur l&rsquo;autel du rendement&#8230; S&rsquo;il n&rsquo;a pas la pr\u00e9tention de d\u00e9crire le quotidien de tous les chantiers de France (nous sommes bien dans le \u00ab\u00a0gros oeuvre parisien\u00a0\u00bb), l&rsquo;auteur, en se pla\u00e7ant au bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale et au sommet de celle de la pr\u00e9carit\u00e9, d\u00e9crypte au fil des pages les m\u00e9canismes qui conduisent \u00e0 l&rsquo; \u00ab\u00a0ethnicisation des t\u00e2ches\u00a0\u00bb (correspondance entre poste et origine ethnique) et souligne les dissonances entre travail int\u00e9rimaire et s\u00e9curit\u00e9.<br \/>\nCertes, les probl\u00e8mes soulev\u00e9s par Nicolas Jounin ne sont pas nouveaux. Pour certains d&rsquo;entre eux, comme la p\u00e9nurie de main d&rsquo;oeuvre, ils sont m\u00eame r\u00e9currents. Et l&rsquo;auteur ne pr\u00e9tend pas avoir de solutions cl\u00e9s en main qui permettrait au secteur de chasser ses vieux d\u00e9mons. N\u00e9anmoins, si l&rsquo;on veut bien aborder cette enqu\u00eate, non pas comme un \u00e9ni\u00e8me proc\u00e8s des pratiques du BTP mais comme un \u00e9clairage cru de la r\u00e9alit\u00e9, il en ressort, et cela n&rsquo;\u00e9tonnera personne, que la profession ne pourra progresser sans l&rsquo;implication de tous les acteurs. Et pas uniquement des entreprises.<br \/>\nJulien Beideler<br \/>\nsource : <a href=\"http:\/\/www.lemoniteur-expert.com\/actualite\/a_suivre\/exclusif_trois_ans_peau_interimaire\/DEAA727A0.htm\">Le Moniteur &#8211; Expert<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Pour en savoir plus, la page de <a href=\"?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a> vous donne acc\u00e8s \u00e0 sa bibliographie (plusieurs articles en ligne).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.univ-paris8.fr\/sociologie\/?page_id=270\">Nicolas Jounin<\/a>, sociologue : \u00ab\u00a0Selon l&rsquo;origine ethnique, on progresse plus ou moins vite sur les chantiers\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-417","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actu-profs","category-2","description-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/417","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=417"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/417\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=417"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}