{"id":3174,"date":"2010-11-02T09:23:13","date_gmt":"2010-11-02T07:23:13","guid":{"rendered":"?p=3174"},"modified":"2010-11-03T11:39:52","modified_gmt":"2010-11-03T09:39:52","slug":"coline-cardi-dans-sud-ouest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/?p=3174","title":{"rendered":"Coline Cardi dans <i>Sud Ouest<\/i>"},"content":{"rendered":"<p>Coline Cardi, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8, \u00e9tait interview\u00e9e dans <i>Sud Ouest<\/i> dimanche 31 octobre :<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;ENTRETIEN DU DIMANCHE<br \/>\nLa violence au f\u00e9minin. PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE TILLINAC<\/p>\n<p><strong>\u00ab Sud Ouest Dimanche \u00bb. Le rapport de l&rsquo;Observatoire national de la d\u00e9linquance met l&rsquo;accent sur une augmentation de la d\u00e9linquance chez les filles mineures. Notamment pour les violences aux personnes. Se comportent-elles vraiment de plus en plus comme des gar\u00e7ons ?<\/strong><\/p>\n<p>Coline Cardi. La publication de ce rapport a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux commentaires sur l&rsquo;\u00ab explosion \u00bb de la d\u00e9linquance f\u00e9minine. Alain Bauer, qui pr\u00e9side le conseil d&rsquo;orientation de l&rsquo;Observatoire, a cit\u00e9 le chiffre d&rsquo;une augmentation de 133 %.<\/p>\n<p><strong>Ce qui est effectivement important&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Mais toutes ces donn\u00e9es sont en fait \u00e0 relativiser. Nous sommes sur une dur\u00e9e assez longue puisque la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence est 1996. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, on recensait 15 000 adolescentes mises en cause. En 2009, on en compte 30 000. Nous restons donc sur des chiffres tr\u00e8s faibles compar\u00e9s aux 180 000 gar\u00e7ons aujourd&rsquo;hui impliqu\u00e9s dans des faits de d\u00e9linquance.<\/p>\n<p><strong>Le ph\u00e9nom\u00e8ne serait donc en r\u00e9alit\u00e9 plut\u00f4t marginal ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est important de rappeler la relative faiblesse de ces chiffres, non seulement parce qu&rsquo;on voit bien que le ph\u00e9nom\u00e8ne reste marginal, mais aussi parce que lorsqu&rsquo;on travaille sur de si petits nombres, une l\u00e9g\u00e8re augmentation conduit forc\u00e9ment \u00e0 faire augmenter tr\u00e8s nettement les pourcentages. Si bien que le chiffre de + 133 % n&rsquo;a finalement pas grand sens, et encore moins sur une longue p\u00e9riode. Surtout, les chiffres cit\u00e9s dans le rapport ne parlent pas tant de d\u00e9linquance que du nombre de personnes mises en cause par la police et la gendarmerie.<\/p>\n<p>Ces statistiques traduisent donc plus l&rsquo;activit\u00e9 des services de police et de gendarmerie que la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9linquance.<\/p>\n<p><strong>Comment faut-il les analyser ?<\/strong><\/p>\n<p>Ces chiffres conduisent plut\u00f4t \u00e0 faire l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une modification du contr\u00f4le policier \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des filles. Un retour par l&rsquo;histoire est aussi n\u00e9cessaire. Si l&rsquo;on en croit ces statistiques, on peut aussi en conclure que jamais les femmes n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 aussi peu violentes.<\/p>\n<p>Aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, les femmes majeures ont repr\u00e9sent\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 30 % des personnes emprisonn\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui, elles sont 3,4 %. Pour toutes ces raisons, je pense que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une augmentation de la violence des filles doit largement \u00eatre relativis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Peut-on tout de m\u00eame y voir la cons\u00e9quence de l&rsquo;\u00e9galisation des modes de vie entre les hommes et les femmes ?<\/strong><\/p>\n<p>On s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 la question, notamment dans les ann\u00e9es 70 aux \u00c9tats-Unis. On pensait que si les femmes vivaient comme des hommes, elles finiraient par commettre autant d&rsquo;infractions qu&rsquo;eux. Ce mouvement n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 constat\u00e9. Au contraire, les chiffres restent tr\u00e8s stables.<\/p>\n<p>La vraie question, c&rsquo;est : quel sort fait-on \u00e0 cette violence des filles ? Je pense qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 une fille devient violente comme un gar\u00e7on, elle sera davantage r\u00e9prim\u00e9e ou surveill\u00e9e. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;elle fait preuve de violence dans une soci\u00e9t\u00e9 qui le tol\u00e8re de moins en moins. Ensuite, parce qu&rsquo;elle est une fille et qu&rsquo;une femme violente d\u00e9range.<\/p>\n<p><strong>Les commentaires sur les chiffres du rapport de l&rsquo;Observatoire prouvent en effet que la d\u00e9linquance f\u00e9minine a quelque chose de scandaleux\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Quand une fille est l\u00e0 o\u00f9 on ne l&rsquo;attend pas, et notamment dans les chiffres de la police et de la gendarmerie, les st\u00e9r\u00e9otypes de genre font que l&rsquo;on est plus choqu\u00e9 que lorsqu&rsquo;un gar\u00e7on se retrouve dans la m\u00eame situation.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 voir la fa\u00e7on dont elles sont trait\u00e9es dans les m\u00e9dias. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, on en fait des monstres. On met en avant leur cruaut\u00e9, leur perversit\u00e9. On d\u00e9veloppe toute une mise en sc\u00e8ne pour montrer \u00e0 quel point elles sortent du r\u00f4le qu&rsquo;on attend d&rsquo;elles.<\/p>\n<p><strong>La violence des hommes est-elle mieux accept\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, elle d\u00e9range moins l&rsquo;ordre social dans la mesure o\u00f9 elle est attendue, normale, d&rsquo;un point de vue statistique.<\/p>\n<p>Je pense aussi que l&rsquo;on fait, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, un autre usage de la violence des filles. Brandir l&rsquo;argument des filles, c&rsquo;est une fa\u00e7on de renforcer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faut r\u00e9primer davantage la violence en g\u00e9n\u00e9ral et celle des jeunes en particulier. On peut aussi y voir un antif\u00e9minisme latent. Il est tout de m\u00eame \u00e9trange de penser que l&rsquo;\u00e9galisation des sexes donne la possibilit\u00e9 aux filles d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;usage de la violence et de ne pas vouloir penser en revanche que cette \u00e9galisation pourrait inciter les gar\u00e7ons \u00e0 int\u00e9grer des valeurs plus f\u00e9minines.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la r\u00e9alit\u00e9 de ce que l&rsquo;on appelle les bandes de filles ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 ma connaissance, elles n&rsquo;existent pas vraiment. Si elles se cr\u00e9ent, c&rsquo;est de fa\u00e7on tr\u00e8s souple et temporaire. Dans les bandes des ann\u00e9es 80, elles avaient un r\u00f4le sp\u00e9cifique. Elles ne participaient pas aux actes violents. Elles tenaient plut\u00f4t les sacs des gar\u00e7ons, si l&rsquo;on peut dire.<\/p>\n<p>Mais la France, finalement, conna\u00eet assez mal le ph\u00e9nom\u00e8ne de la violence f\u00e9minine.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer cette absence de curiosit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a plusieurs raisons. La premi\u00e8re tient \u00e0 la sous-repr\u00e9sentation statistique des filles dans les ph\u00e9nom\u00e8nes constat\u00e9s de d\u00e9linquance, qui fait que la question du sexe du contr\u00f4le social est rest\u00e9e impens\u00e9e, alors m\u00eame qu&rsquo;elle est criante, les chiffres en t\u00e9moignent.<\/p>\n<p>Ce silence vient aussi du c\u00f4t\u00e9 des f\u00e9ministes. Aujourd&rsquo;hui, on peut poser la question. Dans les ann\u00e9es 70, l&rsquo;urgence \u00e9tait plut\u00f4t de d\u00e9noncer les violences faites aux femmes. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le moment de s&rsquo;interroger sur la violence des femmes, qui reste un ph\u00e9nom\u00e8ne marginal m\u00eame s&rsquo;il est constant.<\/p>\n<p>Mais, contrairement \u00e0 tout ce que l&rsquo;on dit, la d\u00e9linquance des filles est finalement assez comparable \u00e0 celle des gar\u00e7ons. Au niveau des majeures, comme les hommes, un tiers des femmes en prison y sont pour des vols.<\/p>\n<p><strong>La prise en charge sociale est-elle la m\u00eame pour les femmes et pour les hommes ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut distinguer les mineures et les majeures. Chez les mineures, m\u00eame en cas d&rsquo;infraction, l&rsquo;ouverture d&rsquo;un dossier au p\u00e9nal n&rsquo;est pas syst\u00e9matique. On ouvre plut\u00f4t un dossier en assistance \u00e9ducative. On ram\u00e8ne en effet tr\u00e8s vite les actes de d\u00e9linquance \u00e0 un mal-\u00eatre d&rsquo;ordre psychique ou familial. Compte tenu des transformations de la justice des mineurs, cela est toutefois en train d&rsquo;\u00e9voluer.<\/p>\n<p>Chez les majeures, c&rsquo;est la maternit\u00e9 qui fait la diff\u00e9rence. La justice p\u00e9nale fait preuve d&rsquo;une certaine indulgence pour les d\u00e9linquantes qui ont des enfants. Elle prononcera moins facilement une incarc\u00e9ration que pour une femme sans enfants. Cela conduit \u00e0 des diff\u00e9rences de traitement entre hommes et femmes, mais aussi entre les femmes.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une interview sur la violence des femmes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-3174","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actu-profs","category-2","description-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3174","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3174"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3174\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3190,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3174\/revisions\/3190"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3174"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3174"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3174"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}