{"id":3044,"date":"2010-10-05T17:19:00","date_gmt":"2010-10-05T15:19:00","guid":{"rendered":"?p=3044"},"modified":"2010-10-07T08:27:31","modified_gmt":"2010-10-07T06:27:31","slug":"coline-cardi-dans-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/?p=3044","title":{"rendered":"Coline Cardi dans <i>Le Monde<\/i>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"?page_id=1746\">Coline Cardi<\/a>, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8, \u00e9tait interview\u00e9e aujourd&rsquo;hui dans <i>Le Monde<\/i> : <\/p>\n<blockquote><p>La d\u00e9linquance des jeunes filles est en hausse depuis 1996, selon les chiffres de la police et de la gendarmerie publi\u00e9s le 5 octobre par l&rsquo;Observatoire national de la d\u00e9linquance et de la r\u00e9ponse p\u00e9nale. Coline Cardi, sociologue, chercheuse au CRESPPA CSU et ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, relativise cette affirmation. Elle est l&rsquo;auteure notamment de<em> La D\u00e9viance des femmes. D\u00e9linquantes et mauvaises m\u00e8res, entre prison, justice et travail social<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Depuis 1996, la part des filles parmi les mineurs mis en cause par la police et la gendarmerie est pass\u00e9e de 9,9 % \u00e0 15,5 %. N&rsquo;est-ce pas le signe que la d\u00e9linquance des jeunes filles augmente fortement ?<\/strong><\/p>\n<p>Coline Cardi : Le chiffre que vous citez augmente certes mais il montre qu&rsquo;on n&rsquo;est s\u00fbrement pas face \u00e0 une \u00ab\u00a0explosion\u00a0\u00bb de la d\u00e9linquance des jeunes filles \u2013 ce que laisse penser un autre chiffre, souvent cit\u00e9 et qui fait \u00e9tat celui de 133 % de hausse du nombre de mineures mises en cause, entre 1996 et 2009. Les chiffres de la d\u00e9linquance des mineures restent assez faibles, et il faut donc les nuancer, m\u00eame si on peut avoir l&rsquo;impression que les augmentations sont fortes.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9linquance des mineures reste faible, selon vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Si la proportion de filles se situe autour de 15 % des mineurs mis en cause, elle est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale \u00e0 celle des femmes majeures, qui est stable depuis 2004 (voir l&rsquo;article correspondant dans le rapport annuel de l&rsquo;ONDRP 2009). Et rappelons que ces chiffres restant des constatations faites par la police et la gendarmerie, ils t\u00e9moignent davantage de l&rsquo;activit\u00e9 de ces services.<\/p>\n<p><strong>Ces chiffres policiers recoupent-ils ce que vous avez observ\u00e9 au niveau de la justice et de la prison, par exemple ?<\/strong><\/p>\n<p>Au niveau de la prison, on n&rsquo;a pas du tout d&rsquo;augmentation forte et le taux est plus faible : il y a 3,4 % de femmes \u2013 majeures \u2013 parmi les d\u00e9tenus (voir les chiffres de la population carc\u00e9rale en septembre 2010). Au niveau de la justice, le taux de femmes parmi les condamn\u00e9s est autour de 10 % (voir les chiffres de condamnations en 2008). C&rsquo;est donc au niveau de la police que les chiffres sont les plus importants.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer que le taux de femmes mises en causes soit sup\u00e9rieur au taux de condamn\u00e9es, et au taux d&rsquo;incarc\u00e9r\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>Les infractions sont diff\u00e9rentes et il y a aussi une forme de cl\u00e9mence de la justice, qui est \u00e0 relativiser l\u00e0 encore. Les femmes sont en partie prot\u00e9g\u00e9es du risque d&rsquo;incarc\u00e9ration mais cette protection se solde par d&rsquo;autre types de contr\u00f4le par la justice. <\/p>\n<p><strong>Les jeunes filles ne sont-elles pas plus violentes qu&rsquo;avant ? L&rsquo;Observatoire national de la d\u00e9linquance souligne que les atteintes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique commises par des filles mineures ont augment\u00e9 de 83 % depuis 2004, contre seulement 46 % pour les gar\u00e7ons.<\/strong><\/p>\n<p>Pour certains, les filles, quand elles sont violentes, le sont plus que les gar\u00e7ons. C&rsquo;est une id\u00e9e partag\u00e9e par certains juges, notamment pour enfants. Ceci peut s&rsquo;expliquer par la difficult\u00e9 \u00e0 penser et \u00e0 appr\u00e9hender la violence des femmes. Quand il y a une affaire de violence impliquant des filles, on la m\u00e9diatise, en mettant volontiers en avant une forme de sadisme, de cruaut\u00e9, en donnant une image de \u00ab\u00a0monstrueuses\u00a0\u00bb. D\u00e8s que les filles transgressent des normes de genre, comme la violence, associ\u00e9e au masculin, cela choque davantage. R\u00e9cemment, les discours qui pointent la violence des filles a pu aussi bien l\u00e9gitimer un discours s\u00e9curitaire, avec l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0m\u00eame les filles s&rsquo;y mettent&#8230;\u00a0\u00bb qu&rsquo;un discours antif\u00e9ministe, avec l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes conduirait \u00e0 en faire des hommes.<\/p>\n<p><strong>Mais les jeunes filles sont-elles plus violentes qu&rsquo;avant ?<\/strong><\/p>\n<p>En tout cas, la police arr\u00eate plus de filles qu&rsquo;avant. Il y a plusieurs hypoth\u00e8ses. On peut se demander s&rsquo;il n&rsquo;y a pas plus de passage \u00e0 l&rsquo;acte violent. Les filles feraient alors de plus en plus comme les gar\u00e7ons. On peut penser que la fronti\u00e8re de genre s&rsquo;estompe. Mais c&rsquo;est une hypoth\u00e8se que l&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 faite dans les ann\u00e9es 70, aux Etats-Unis, quand on s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la d\u00e9linquance des femmes et qui ne s&rsquo;est absolument pas v\u00e9rifi\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Comment alors expliquer la hausse des chiffres policiers concernant les mineures ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;autre hypoth\u00e8se est celle d&rsquo;une transformation dans le contr\u00f4le social. La police serait moins tol\u00e9rante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des filles qu&rsquo;auparavant. On sait que le contr\u00f4le des femmes par la police a pu \u00eatre plus important dans les magasins, pour les vols. Il augmente peut-\u00eatre depuis sur la voie publique. Dans la repr\u00e9sentation polici\u00e8re, comme dans la repr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, une fille est \u00e0 l&rsquo;origine moins d\u00e9linquante qu&rsquo;un gar\u00e7on.<\/p>\n<p>Propos recueillis par Alexandre Piquard<\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2010\/10\/05\/les-chiffres-de-la-delinquance-des-mineures-restent-assez-faibles_1420667_823448.html#ens_id=1390910\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Coline Cardi, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences au d\u00e9partement de sociologie de l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8, \u00e9tait interview\u00e9e aujourd&rsquo;hui dans Le Monde : La d\u00e9linquance des jeunes filles est en hausse depuis 1996, selon les chiffres de la police et de la gendarmerie publi\u00e9s le 5 octobre par l&rsquo;Observatoire national de la d\u00e9linquance et de la r\u00e9ponse p\u00e9nale.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-3044","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actu-profs","category-2","description-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3044"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3059,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044\/revisions\/3059"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}