{"id":167,"date":"2006-09-24T11:51:01","date_gmt":"2006-09-24T09:51:01","guid":{"rendered":"?p=167"},"modified":"2006-10-12T10:34:35","modified_gmt":"2006-10-12T08:34:35","slug":"deux-nouveaux-ouvrages-de-regine-bercot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sociologie.univ-paris8.fr\/?p=167","title":{"rendered":"Deux nouveaux ouvrages de R\u00e9gine Bercot"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"?page_id=23\" title=\"Regine Bercot\">R\u00e9gine Bercot<\/a>, professeure de sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8 est la co-auteure de deux nouveaux ouvrages :<\/p>\n<p>R.Bercot et F. De Coninck, <em>Les r\u00e9seaux de sant\u00e9 ; une nouvelle m\u00e9decine ?<\/em>, Paris,   l\u2019Harmattan, collection logiques sociales, 2006<\/p>\n<blockquote><p>Les r\u00e9seaux de sant\u00e9 apparaissent comme l\u2019objet id\u00e9al. Ils permettraient d\u2019assurer une m\u00e9decine \u00e9conomique, proche du malade et conviviale. Dans la pratique, pourtant, ils ne se d\u00e9veloppent que lentement.<br \/>\nA travers l\u2019\u00e9tude de deux cas concrets l\u2019ouvrage fait le tour des obstacles institutionnels, des hi\u00e9rarchies professionnelles implicites et des enjeux organisationnels toujours sous-estim\u00e9s, qui rendent un tel mode de travail difficile \u00e0 mettre en oeuvre.<br \/>\nIl montre que lorsque des promoteurs suffisamment d\u00e9termin\u00e9s pour surmonter ces obstacles parviennent \u00e0 mener \u00e0 bien leur projet, on assiste effectivement \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles pratiques. Le malade prend une place plus importante dans le soin, il est consid\u00e9r\u00e9 comme un acteur \u00e0 accompagner ; les protocoles d\u2019intervention ou les pratiques plus informelles ont comme objectif de le rendre le plus autonome. Ces formes d\u2019accompagnement supposent que professionnels, membres des associations, entourage familial et malades dialoguent et coop\u00e8rent. La demande sociale d\u2019une sant\u00e9 qui soit partie int\u00e9grante du mode de vie y trouve ici son compte.<\/p><\/blockquote>\n<p>R\u00e9gine Bercot, Alexandre Mathieu-Fritz, <em>Les chirurgiens El\u00e9ments pour une analyse sociologique d\u2019une crise de recrutement professionnel<\/em>, Genre Travail et Mobilit\u00e9s (G.T.M.), Septembre 2006, Contrat de recherche entre l\u2019A.P.-H.P. et le LATTS et GTM.<br \/>\n<strong>Synth\u00e8se du rapport :<\/strong><\/p>\n<blockquote><p>Les chirurgiens. El\u00e9ments pour une analyse sociologique<br \/>\nd\u2019une crise de recrutement professionnel<br \/>\nDepuis la fin des ann\u00e9es 1990, il est commun\u00e9ment admis par le corps m\u00e9dical, ainsi que par les responsables administratifs des h\u00f4pitaux et par les instances politiques de tutelle qu\u2019il n\u2019y a plus assez de chirurgiens. Autrement dit, tous s\u2019accordent \u00e0 constater que des postes de chirurgiens au sein d\u2019h\u00f4pitaux, aussi bien publics que priv\u00e9s, demeurent vacants et qu\u2019il faut prendre des mesures pour combler ce manque afin de garantir le bon fonctionnement des services chirurgicaux. Faut-il voir, \u00e0 travers ce ph\u00e9nom\u00e8ne, une forme de d\u00e9saffection pour la profession de chirurgien \u2013 certains parlent de \u00ab crise des vocations \u00bb \u2013, et \u00e0 son origine, une perte de son prestige ? Si tel est le cas, comment expliquer cette \u00e9ventuelle perte de prestige, alors que la chirurgie semble toujours offrir (visiblement) des r\u00e9sultats plus satisfaisants au fil du temps et \u00eatre \u00e0 la pointe du progr\u00e8s ? Cette premi\u00e8re perspective d\u2019analyse invite notamment \u00e0 s\u2019interroger sur les conditions actuelles d\u2019entr\u00e9e dans la profession et d\u2019activit\u00e9, ainsi qu\u2019aux principaux changements qui, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, les ont affect\u00e9es. On peut se demander si les divers probl\u00e8mes li\u00e9s aux conditions d\u2019exercice (judiciarisation, augmentation des primes d\u2019assurance, baisse du pouvoir d\u2019achat, revalorisation de l\u2019acte chirurgical, (r\u00e9-)organisation du fonctionnement des h\u00f4pitaux avec la R.T.T., etc.), n\u2019expliqueraient pas \u00e0 la fois le m\u00e9contentement des chirurgiens \u2013 observables \u00e0 travers leurs diverses prises de position publiques au cours des ann\u00e9es 2000 \u2013 et la d\u00e9saffection (suppos\u00e9e) des \u00e9tudiants en m\u00e9decine pour l\u2019activit\u00e9 chirurgicale. D\u2019aucuns voient dans le recul relativement r\u00e9cent du rang du premier \u2013 parmi les imp\u00e9trants re\u00e7us au concours de l\u2019internat et aux E.C.N. \u2013 qui choisit de devenir chirurgien, un des sympt\u00f4mes de la crise que traverserait aujourd\u2019hui la chirurgie.<br \/>\nAu-del\u00e0 de tels ph\u00e9nom\u00e8nes, peut-on d\u00e9celer, plus simplement, \u00e0 travers les difficult\u00e9s \u00e0 pourvoir tous les postes en chirurgie au sein des h\u00f4pitaux, une crise li\u00e9e cette fois \u00e0 un d\u00e9phasage entre le nombre d\u2019individus form\u00e9s \u00e0 la chirurgie et les besoins effectifs en chirurgiens ? Existe-t-il de r\u00e9elles difficult\u00e9s \u00e0 pourvoir les postes de chirurgie \u00e9tant donn\u00e9 que les internes les mieux class\u00e9s choisiraient moins prioritairement cette discipline ?<br \/>\nLes ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9duction, puis d\u2019augmentation des postes d\u2019internes en chirurgie laissent penser que les besoins en chirurgiens ne sont pas estim\u00e9s correctement \u00e0 moyen terme par les instances comp\u00e9tentes charg\u00e9es de les \u00e9valuer, ou, \u00e0 tout le moins, que celles-ci ne parviennent pas \u00e0 prendre des d\u00e9cisions permettant de garantir le renouvellement d\u00e9mographique du corps chirurgical \u2013 sachant que ce renouvellement pr\u00e9sente des contraintes sp\u00e9cifiques li\u00e9es principalement \u00e0 la longueur des \u00e9tudes qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de chirurgien.<\/p>\n<p>L\u2019objectif de notre analyse est de tracer des pistes de r\u00e9flexion permettant d\u2019offrir des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 toutes ces questions. Certaines de ces pistes \u2013 \u00e0 l\u2019image de celle consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse en termes de morphologie sociale et professionnelle des chirurgiens \u2013, ont \u00e9t\u00e9 approfondies, la quantit\u00e9 de donn\u00e9es disponibles sur le sujet nous autorisant des d\u00e9veloppements relativement importants. D\u2019autres pistes ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9es de fa\u00e7on plus synth\u00e9tique, s\u2019appuyant, principalement, sur des travaux men\u00e9s par d\u2019autres sociologues, mais \u00e9galement \u00e0 partir des entretiens que nous avons r\u00e9alis\u00e9s aupr\u00e8s de chirurgiens. Enfin, certaines des pistes de recherche que nous avons emprunt\u00e9es ont d\u00e9bouch\u00e9 sur de nouvelles hypoth\u00e8ses de recherche que seules des enqu\u00eates sociologiques ult\u00e9rieures permettront de confirmer, d\u2019infirmer ou d\u2019amender.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une relative ind\u00e9pendance des ph\u00e9nom\u00e8nes de crise affectant la chirurgie semble pouvoir \u00eatre confirm\u00e9e au vu des \u00e9l\u00e9ments recueillis : la crise de recrutement n\u2019est pas l\u2019expression d\u2019une crise des vocations et n\u2019est pas non plus la cons\u00e9quence de la crise des identit\u00e9s professionnelles qui touchent aujourd\u2019hui tendanciellement les praticiens les plus \u00e2g\u00e9s, qui ont connu une p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9 plus favorable (sur le plan de la reconnaissance sociale, professionnelle et \u00e9conomique et en termes de pouvoir). Cette crise de recrutement est due principalement aux politiques de r\u00e9duction des effectifs \u00e0 l\u2019issue de la premi\u00e8re ann\u00e9e de m\u00e9decine et \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019internat au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, et \u00e0 l\u2019absence de politiques sur le plan de la d\u00e9mographie m\u00e9dicale et chirurgicale s\u2019inscrivant sur le moyen terme. Il a fallu attendre les premiers effets de la p\u00e9nurie pour que des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent ; il a fallu attendre \u00e9galement que le probl\u00e8me touchent les C.H.U. pour que les \u00ab dominants \u00bb du champ m\u00e9dical s\u2019en inqui\u00e8tent r\u00e9ellement, alors que le probl\u00e8me aurait pu \u00eatre totalement anticip\u00e9.<br \/>\nLe recul du rang des choix n\u00b0 1 pour la chirurgie \u00e0 l\u2019issue des \u00e9preuves classantes nationales est d\u00fb principalement \u00e0 la f\u00e9minisation des \u00e9tudiants en m\u00e9decine ; \u00e0 cet \u00e9gard, rappelons que la faible attractivit\u00e9 de la chirurgie aupr\u00e8s des femmes n\u2019est pas un fait nouveau : en ce sens, il n\u2019y a pas d\u00e9saffection, c\u2019est-\u00e0-dire, perte de l\u2019int\u00e9r\u00eat, puisque cet int\u00e9r\u00eat est plut\u00f4t quelque chose \u00e0 construire.<br \/>\nEnfin, il se peut, en revanche, qu\u2019une \u00ab crise \u00bb ou plut\u00f4t un changement d\u2019un nouveau genre soit en train de se jouer : certains chirurgiens d\u00e9conseillent fortement \u00e0 leurs enfants de devenir chirurgiens ; nous ne savons pas si ce ph\u00e9nom\u00e8ne est plus prononc\u00e9 que par le pass\u00e9, mais il est fort probable que le m\u00e9contentement actuel d\u2019un grand nombre de chirurgiens face \u00e0 leur activit\u00e9 les conduisent, plus qu\u2019auparavant, \u00e0 tenir ce genre de discours \u00e0 leurs enfants. Nous assisterons donc peut-\u00eatre, d\u2019ici une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 un recul de la proportion des \u00ab dynasties \u00bb de chirurgiens.<br \/>\nUn tr\u00e8s grand nombre de discours sur la crise du recrutement des chirurgiens \u00e9tablissent des liens entre le manque de praticiens et la d\u00e9saffection pour la discipline ; entre le recul des choix n\u00b0 1 pour la chirurgie et une \u00ab crise des vocations \u00bb ; certains disent : \u00ab m\u00eame le dernier de l\u2019internat ne choisit pas chirurgie \u00bb : \u00ab et pour cause ! \u00bb pourrait-on lui r\u00e9pondre, car le dernier sait qu\u2019il n\u2019a aucune chance d\u2019obtenir un poste en chirurgie au vu de ses prestations aux E.C.N.. Des donn\u00e9es parfois tr\u00e8s fantaisistes sont mobilis\u00e9es jusques et y compris chez les acteurs politiques de l\u2019Assembl\u00e9e nationale (on peut prendre pour exemple la moyenne d\u2019\u00e2ge des chirurgiens qui passe de 47 ans\u2026 \u00e0 57 ans). Bien souvent, on explique la d\u00e9saffection par le nombre de postes d\u2019internes ou de praticiens dipl\u00f4m\u00e9s qui sont vacants ; or, il y a toujours des postes d\u2019internes qui demeurent vacants (dont on appr\u00e9cie globalement l\u2019importance en mesurant le taux d\u2019inad\u00e9quation) afin d\u2019\u00e9largir les possibilit\u00e9s de choix de lieu de stage semestriel des internes. Autrement dit, ce n\u2019est pas toujours ce qui est r\u00e9el, objectif, qui a chang\u00e9, mais le discours sur cette r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame s\u2019il faut bien reconna\u00eetre que certaines disciplines chirurgicales semblent plus pris\u00e9es que d\u2019autres.<br \/>\nEn bref, un grand nombre de discours rel\u00e8vent du paralogisme \u2013 i.e. d\u2019un raisonnement faux fait de bonne fois \u2013, et font partie int\u00e9grante de diverses formes de rh\u00e9torique professionnelle port\u00e9e par certains repr\u00e9sentants fran\u00e7ais de la chirurgie, c\u2019est-\u00e0-dire de discours strat\u00e9giques dont les objectifs sont de revaloriser cette discipline. Selon nous, une des pistes de ce travail de transformation du groupe professionnel doit \u00eatre celui de la f\u00e9minisation de l\u2019activit\u00e9 \u2013 s\u2019il para\u00eet toujours souhaitable de recruter parmi les meilleurs de l\u2019internat.  <\/p>\n<p>L\u2019image que les jeunes et les chirurgiens se font de la transformation du m\u00e9tier est li\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rentes variables. Il existe une sorte de mythe du chirurgien tout puissant pouvant tout obtenir de l\u2019institution comme des \u00e9quipes et des malades qui fait parfois r\u00e9f\u00e9rence et qui, bien entendu, ne peut \u00eatre confront\u00e9 sans nostalgie \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Si ce mythe se manifeste parfois dans les imaginaires, la r\u00e9alit\u00e9 historique est moins lin\u00e9aire et la chirurgie a d\u00fb s\u2019imposer comme sp\u00e9cialit\u00e9. Aujourd\u2019hui, le m\u00e9tier se transforme tant dans l\u2019exercice concret de l\u2019activit\u00e9 que sur le plan des conditions sociales de son exercice ; plut\u00f4t que de crise, il nous para\u00eet plus judicieux de parler de diff\u00e9rentes \u00e9volutions qui interpellent les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s et d\u2019exercice du m\u00e9tier.<br \/>\nLa chirurgie comprend un certain nombre de dimensions qui la rendent attractive. Elle appara\u00eet comme un m\u00e9tier total \u2013 complet \u2013 au sens o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments de figures professionnelles diverses s\u2019y c\u00f4toient. Inscrit dans la d\u00e9cision et le faire, le chirugien est un professionnel basant \u00e0 la fois ses actes sur la rationalit\u00e9 et sur l\u2019art. M\u00e9tier du recours vital, il imprime sa marque sur le corps de l\u2019autre. En ce sens, il d\u00e9tient non seulement un pouvoir d\u2019action qui lui vaut l\u2019admiration sociale de diff\u00e9rents cercles (\u00e9quipes, patients, confr\u00e8res, etc.), mais il d\u00e9tient le pouvoir d\u2019entrer dans le corps de l\u2019autre et de le transformer.<br \/>\nNous avons pu pointer le fait que le d\u00e9veloppement des techniques est attractif pour les jeunes qui cherchent \u00e0 se sp\u00e9cialiser. Or ce d\u00e9veloppement est important dans diff\u00e9rentes sp\u00e9cialit\u00e9s chirurgicales.<br \/>\nLe chirurgien ne peut exercer son activit\u00e9 que s\u2019il parvient \u00e0 ma\u00eetriser le stress li\u00e9 \u00e0 l\u2019enjeu humain et parfois vital. Si la relation \u00e0 la mort n\u2019est pas pr\u00e9sente dans toutes les chirurgies, l\u2019importance du geste \u2013 quel qu\u2019il soit \u2013 pour le patient suppose une grande ma\u00eetrise qui s\u2019acquiert par l\u2019exercice concret et la r\u00e9p\u00e9tition des actes. S\u2019il s\u2019agit d\u2019un m\u00e9tier d\u2019art o\u00f9 chaque acte appara\u00eet comme un prototype, il reste que la dext\u00e9rit\u00e9, la confiance en soi s\u2019\u00e9prouvent dans la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019exercice. M\u00e9tier o\u00f9 le risque d\u2019erreur et le risque de faire insuffisamment bien est toujours pr\u00e9sent. Il appara\u00eet que le doute accompagne \u00e9galement sa propre \u00e9valuation.<br \/>\nCependant, ce doute voisine avec l\u2019affichage d\u2019une forte certitude. C\u2019est en tout cas le regard renvoy\u00e9 par l\u2019environnement. Le chirurgien doit g\u00e9rer son propre stress et celui des \u00e9quipes en relativisant et en ne faisant pas para\u00eetre sa d\u00e9stabilisation. Sauver la face appara\u00eet ainsi essentiel tant pour la renomm\u00e9e et la confiance que le chirurgien construit vis \u00e0 vis de lui-m\u00eame que pour sa r\u00e9putation.<br \/>\nAinsi, il appara\u00eet que l\u2019on ne parvient \u00e0 affronter le stress que si un certain nombre de conditions aident \u00e0 l\u2019assumer. Ces dimensions sont \u00e0 la fois d\u2019ordre psychologique (et supposent un travail sur soi) et social. Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la question du service et \u00e0 la relation psychologique entretenue avec le patient, on se rend compte qu\u2019il peut y avoir une contradiction entre le besoin psychologique de relation avec le chirurgien \u00e9prouv\u00e9 par le patient et le besoin de mise \u00e0 distance que le chirurgien souhaite construire pour op\u00e9rer avec plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<br \/>\n L\u2019acte lui-m\u00eame est certes un acte de r\u00e9paration, mais il comporte une dimension cr\u00e9ative forte. On peut donc dire que lorsqu\u2019il y a un acte r\u00e9ussi, la satisfaction est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019acte. A l\u2019inverse d\u2019autres activit\u00e9s, le travail de chirurgien comporte en lui-m\u00eame une possibilit\u00e9 de gratification.<br \/>\nCependant, la gratification et la reconnaissance sociale restent des \u00e9l\u00e9ments importants comme pour d\u2019autres activit\u00e9s \u2013 on pourrait m\u00eame ajouter plus que dans d\u2019autres activit\u00e9s. On a pu ainsi remarquer l\u2019importance que le chirurgien accorde \u00e0 la reconnaissance du patient et de son entourage. L\u2019acte de r\u00e9paration est objet d\u2019un fort investissement subjectif \u2013 qui peut s\u2019apparenter \u00e0 une prouesse \u2013, sa mise en \u0153uvre g\u00e9n\u00e8re une attente forte. Celle-ci est \u00e0 la mesure de l\u2019investissement dans l\u2019acte d\u2019op\u00e9ration, du d\u00e9ploiement de sa propre \u00e9nergie, de sa dimension d\u2019invention et de r\u00e9action.<br \/>\nQuels sont les retours \u2013 reconnaissances et appuis \u2013 sur lesquels les chirurgiens peuvent compter ?<br \/>\nSans \u00e9voquer \u00e0 nouveau chacun des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9velopp\u00e9s dans le texte, revenons sur quelques points essentiels. La carri\u00e8re menant \u00e0 un statut de P.U.-P.H. est longue. Elle suppose de faire de nombreux sacrifices tout au long des \u00e9tudes, puis de la vie professionnelle. Il n\u2019y a pas de certitude sur la possibilit\u00e9 de faire carri\u00e8re. Les chirurgiens de l\u2019A.P.-H.P. sont relativement mieux lotis que d\u2019autres m\u00e9tiers de l\u2019h\u00f4pital \u2013 dont les membres occupent des postes de haut niveau. Mais, pour le jeune sortant qui souhaite faire chirurgie \u00e0 l\u2019issue de l\u2019internat, la voie d\u2019acc\u00e8s demeure tr\u00e8s incertaine, marqu\u00e9e relativement par un choix r\u00e9alis\u00e9 le plus souvent par d\u00e9faut, \u00e9tant donn\u00e9 le nombre de places existantes pour les disciplines les plus pris\u00e9es.<br \/>\nL\u2019activit\u00e9 du chirurgien de l\u2019A.P.-H.P. se situe en tension entre des dimensions qui s\u2019articulent plus ou moins bien entre elles, en tous cas, de mani\u00e8re plus ou moins satisfaisantes : cependant, op\u00e9rer, faire de la recherche, encadrer les \u00e9tudiants, r\u00e9aliser des t\u00e2ches administratives sont des t\u00e2ches qu\u2019il est tr\u00e8s difficile, voire impossible de mener conjointement \u2013 sauf \u00e0 sacrifier la vie hors travail. Il serait int\u00e9ressant d\u2019approfondir les modalit\u00e9s des arbitrages qui permettent d\u2019assumer les diff\u00e9rents angles du triangle : op\u00e9rer, rechercher, former. L\u2019activit\u00e9 dans le cadre de l\u2019A.P.-H.P. pr\u00e9sente un certain nombre d\u2019avantages ; on peut souligner ainsi la qualit\u00e9 des moyens li\u00e9s \u00e0 l\u2019acte de chirurgie, m\u00eame si parfois, certaines conditions mat\u00e9rielles et de logistique demeurent quelque peu indigentes. Une sorte de compl\u00e9mentarit\u00e9 dans les moyens s\u2019organise \u00e0 la marge (par exemple, pour la formation continue) entre les moyens offerts par l\u2019A.P.-H.P. et ceux de l\u2019industrie pharmaceutique ; une sorte de statu quo \u2013 arrangeant les diff\u00e9rentes parties \u2013 semble assez bien fonctionner.<br \/>\n La composition des \u00e9quipes joue aussi sans aucun doute un r\u00f4le par rapport \u00e0 ce contenu d\u2019activit\u00e9. Le r\u00f4le des internes est \u00e9galement important dans diff\u00e9rents services. Il serait int\u00e9ressant de pouvoir rendre compte de mani\u00e8re plus pr\u00e9cise des modalit\u00e9s de prise en charge des malades par les internes. En effet, dans leurs propos, les chirurgiens insistent beaucoup sur l\u2019absence de d\u00e9l\u00e9gation, sur le fait qu\u2019ils prennent le malade en charge tout au long de son parcours. Il serait donc int\u00e9ressant de voir comment s\u2019effectue le partage des t\u00e2ches.<br \/>\nL\u2019activit\u00e9 au sein de l\u2019A.P.-H.P. cadre \u00e9galement des missions qui conviennent bien aux chirurgiens, tant dans leur contenu que dans leur principe de fonctionnement. Ainsi, les modalit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration ne conduisent pas \u00e0 un rythme d\u2019activit\u00e9 effr\u00e9n\u00e9 d\u2019op\u00e9rations, les cas trait\u00e9s sont sans doute moins r\u00e9p\u00e9titifs et plus stimulants que ceux que pr\u00e9sentent certaines activit\u00e9s priv\u00e9es. Institution prestigieuse, l\u2019A.P.-H.P. constitue un bon support pour acqu\u00e9rir une forte reconnaissance de la part des pairs.<br \/>\nLa reconnaissance financi\u00e8re est parfois estim\u00e9e par les chirurgiens \u00e0 l\u2019aune des meilleures situations dans le priv\u00e9 et il est clair qu\u2019alors on peut constater un diff\u00e9rentiel appr\u00e9ciable dans les niveaux de r\u00e9mun\u00e9ration, mais on pourrait aussi ajouter, pour balancer cette remarque, que les conditions d\u2019activit\u00e9 ne sont pas les m\u00eames non plus. L\u2019A.P.-H.P. assume ainsi la charge des risques juridiques (lorsqu\u2019il y en a) li\u00e9s \u00e0 la pratique chirurgicale. Les conditions d\u2019activit\u00e9 permettent de trouver du renfort dans les \u00e9quipes de travail lorsque cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire\u2026 il n\u2019est pas non plus impossible pour un chirurgien de l\u2019A.P.-H.P. de compl\u00e9ter son revenu par des vacations dans le secteur priv\u00e9. Ceci relativise l\u2019inconv\u00e9nient qu\u2019il y aurait \u00e0 travailler dans une structure publique.<br \/>\nLa question de la reconnaissance n\u2019est pas uniquement institutionnelle, elle est \u00e9galement soci\u00e9tale et relationnelle. Le niveau de formation du malade, son acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information se transforment. Non seulement le malade souhaite de plus en plus comprendre, mais il souhaite participer \u00e0 ses choix de sant\u00e9. Le type de relation parfois asym\u00e9trique qui pouvait parfois s\u2019exprimer entre chirurgien et malade n\u2019appara\u00eet plus viable. Le chirurgien ne peut plus se permettre de n\u00e9gliger la relation au malade et de le consid\u00e9rer exclusivement comme objet d\u2019expertise. La loi oblige \u00e0 une information, l\u2019expertise conduit \u00e0 donner beaucoup plus d\u2019explications, \u00e0 faire \u0153uvre de p\u00e9dagogie pour informer le malade. Cette question de l\u2019information est excessivement complexe, et sujette \u00e0 caution. On peut penser que le chirurgien peut y gagner une meilleure compr\u00e9hension de la difficult\u00e9 de son m\u00e9tier par le malade, qui attend parfois une r\u00e9paration quasi m\u00e9canique de son corps. Cette nouvelle place du malade n\u2019est pas toujours n\u00e9goci\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re par les chirurgiens. Si certains s\u2019en accommodent et s\u2019en saisissent pour b\u00e2tir de meilleures relations, d\u2019autres semblent moins \u00e0 l\u2019aise. Cette diff\u00e9rence d\u2019attitude peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 des mani\u00e8res diff\u00e9rentes de poser la focale. On ne peut pas, en effet, parler d\u2019un seul mod\u00e8le de malade et les chirurgiens ont \u00e0 faire \u00e0 une forte diversit\u00e9 de cas. Mettre la focale tant\u00f4t sur les malades les moins respectueux et les plus d\u00e9sinvoltes, tant\u00f4t sur les plus reconnaissants et ceux avec lesquels on dialogue le mieux, modifie certainement la vision que les chirurgiens ont des relations aux malades. <\/p>\n<p>En chirurgie, les conditions de choix d\u2019une sp\u00e9cialit\u00e9 rendent difficiles et parfois assez al\u00e9atoires le choix de la discipline convoit\u00e9e. Il importe ici de pointer le fait que les femmes sont majoritaires parmi les personnes ayant r\u00e9ussi le concours d\u2019internat. Elles auraient donc vocation \u00e0 alimenter le vivier des chirurgiens tout comme celui des autres disciplines m\u00e9dicales. Cependant, elles ne s\u2019orientent que rarement vers le m\u00e9tier de chirurgien. Ses conditions d\u2019exercice ne permettent pas de concilier vie familiale et vie professionnelle et on peut se demander si les conditions actuelles d\u2019exercice, la surcharge de travail et des horaires laissant peu de place \u00e0 la vie hors travail ne vont pas encore accro\u00eetre le foss\u00e9. De plus, la g\u00e9n\u00e9ration actuelle des hommes est \u00e9galement sensible \u00e0 la qualit\u00e9 de vie et \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019exercer des loisirs. Maintenir l\u2019attractivit\u00e9 de la chirurgie supposerait certainement de reconsid\u00e9rer les conditions de l\u2019activit\u00e9 et de la charge de travail.<br \/>\nEn outre, l\u2019image donn\u00e9e par certains chirurgiens ne concourt pas \u00e0 la rendre attractive ; on peut \u00e9videmment se demander dans quelle mesure ceux qui ont un comportement machiste et irrespectueux des \u00e9tudiants le font volontairement. L\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019on peut faire est que, dans cet univers, l\u2019arriv\u00e9e des femmes ne semble pas r\u00e9ellement souhait\u00e9e. De ce fait, leur l\u00e9gitimit\u00e9 est facilement contest\u00e9e. Les relations entretenues par les chirurgiens qualifi\u00e9s avec des jeunes femmes internes ou externes conduisent \u00e0 un sentiment de rejet, d\u2019\u00e9chec et de doute concernant leur professionnalit\u00e9 en construction. Ces formes de relation qui apparaissent contestables ont un effet sur les choix que feront les internes. Si ceci ne correspond qu\u2019\u00e0 des indices, il serait possible de le v\u00e9rifier par des enqu\u00eates de plus grande ampleur.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9gine Bercot, professeure de sociologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris 8 est la co-auteure de deux nouveaux ouvrages. 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